Qui suis-je pour parler ainsi ? Autrefois je ne considérais les couples qu'avec mépris et envie, je vantais les mérites du célibat et me morfondais dans mon désespoir. Maintenant, je suis devenu celui que je pensais haïr. Je croyais que mes échecs amoureux avaient fait de moi un épicurien cynique, mais c'était sous-estimer le pouvoir des femmes : adieu la méchanceté, limés les crocs et les griffes, ravalée la fierté. Oui, j'ai retourné ma veste, oui, j'aime, oui, quelqu'un m'aime. J'ai changé. Plus de mépris, maintenant j'ai compris. Ce que je croyais mièvre dans la bouche d'un autre atterrit naturellement dans la mienne. Bien sûr j'ai essayé de résister, mais pas bien longtemps : il arrive un moment où l'on ne peut plus nier ses sentiments profonds et où l'on abandonne la lutte de principes. Qui suis-je ? Un amoureux transi me dit mon c½ur ; un imbécile heureux me dit ma raison. Au fond, ne s'agit-il pas de la même personne ?
Dauphin_Discret